lienlien












 
AccueilFAQS'enregistrerConnexion

Partagez | .
 

 Tombe du Ciel, Cherche le Fracas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Thorn
avatar
Nouveau/Nouvelle
Masculin « Age : 26
« Messages : 142

» Niveau : 10.
» Surnom : Winged Beast.
» Rôle / Grade : Molosse.

MessageSujet: Tombe du Ciel, Cherche le Fracas   Sam 12 Avr 2014 - 17:29

Quitter la pluie et le bois moisi pour la même chose avec un peu de soleil … Décidément, le karma de notre duo céleste n'avait rien de particulièrement généreux. Jaya, on a pas idée de refiler tel nom à un pauvre bout de bois paumé au travers d'une île pas beaucoup plus folichonne. Le repaire de pirates par excellence, le coupe-gorge du siècle. Il en fallait une sacré paire pour s'arrêter dans le coin, à moins d'avoir sur sa tête une prime à décrocher les mâchoires, ou être sous les ordres d'un tel type. Ou d'une telle nana, faudrait pas s'en prendre une par la patronne du coin sous couvert de misogynie. Le repaire parfait pour les pires racailles ayant traversé la première moitié de Grand Line, mais un peu trop limites pour se frotter à la ligne droite finale. Des paumés, en gros, qui abandonnent leurs rêves de grandeurs au profit d'un coin au soleil où truander les petits nouveaux. Ça plus l’expérience, fallait pas s'étonner que les trois quarts finissent par rebrousser chemin, tant le palier se voulait inconfortable.

Pour nos deux anges déchus, tout autre. Pas un radis à filer, pas le moindre Berry sur leur tête. Ils gardaient juste la malchance de sortir du lot, juste assez pour exciter les ambitieux du coin. Faudrait pas s'étonner que les poings dansent avant la fin de la journée, même si, pour une raison quelconque, la majorité des résidents actuels préféraient garder la tête fixée sur le sol que sur la trogne de Thorn, qui culminait à quelques têtes au dessus de la masse. Une étrange atmosphère inconfortable les prenait aux narines, une odeur de défaite et d'amertume. A croire qu'ils avaient débarqué quelques jours trop tard, après des hostilités auxquelles ils se seraient bien joints. Si tout l'amusement s'envole dès qu'ils posent le pied quelque part, c'est sur, ça va pas aider à remettre les idées en place. Des jours qu'ils se trimbalent sur un rafiot moisi, et la première escale n'offre rien d'autre qu'un ghetto à demi cramé et sa politique de l'autruche. Pas un pour la ramener ne serait-ce qu'un tout petit peu, ç'aurait pu être un plaisir s'ils n'avaient tous leur tête de déterré. Le concept de Zombie était bien venu jusque ses oreilles, il ne s'attendait pour autant à les rencontrer si vite.

Faut dire qu'il était bien incapable d'aligner deux mots au moindre pécore du coin, sous peine de changer sa lassitude en vulgaire colère. Des jours qu'il attendait une escale pour cogner du nabot dans un bistrot. Mais là l'idée ne voulait même pas germer, cette ambiance maison de retraite donnait la gerbe, au mieux. Pas un pour rattraper l'autre, ils donnaient juste l'impression d'attendre la mort. La vraie, celle qui vient dans la nuit, sans prévenir, mais qui est assez cool pour pas te faire souffrir avant. Si Thorn n'avait jamais entendu parler de Jaya avant ça, il s'attendait quand même à mieux, faut pas chercher. Derrière cette odeur de défaite ressortait cette petite senteur de bas quartier, ce petit plus cher à certains. L'endroit rêvé pour s'installer avec un gang et mener des troufions par la carotte, juste assez pour se foutre sur la gueule avec les copains. Non, là il fallait arrêter de déconner cinq minutes. Il s'était passé quelque chose, il y a quelques jours tout au plus. Passage de la marine ? Il aurait fallu balancer au moins du Vice-Amiral pour enfoncer des têtes dans des culs, comme ça. Qu'est-ce qu'ils en auraient à foutre du vulgaire ponton au beau milieu de nulle part ? Une toute petite île, quelques péons pour se marcher dessus. Au mieux la ville sert leurs intérêts en stoppant net la course de certains pirates. Encore une idée à la con, dieu sait si le colosse en gardait quelques unes en réserve depuis quelques jours. Encore qu'il était capable de cramer la moitié du pays, dans l'instant, si ça pouvait au moins remuer les crétins du coin. Encore heureux qu'Erayn était avec lui, sans quoi il aurait sorti la torche sans même penser à prendre son p'tit frichti avant.

→ || Foutrebleu, enfin un Saloon. Que j'me rince le gosier avant de péter un boulon, c'est quoi ce tas d'paysans, ils tirent tous une de ces têtes ...


Sans se soucier un seul instant de son collègue, voilà que le géant céleste passait les portes battantes d'un coup du bras, manquant de les dégonder. Pas solides ces machins là, de même que le reste dehors à en croire les nombreuses traces d'impact, comme si quelqu'un s'était amusé à balancer un boulet dans tous les coins. Peut-être bien ça le problème, d'ailleurs. Ils se sont tous pris un coup en passant, et se sont du coup tous choppé la migraine. Pas d'autre explication pour le colosse, du moins, qui sans prendre connaissance de son environnement s'amenait directement sur le comptoir, dégageant un nouveau péon du passage pour lui piquer son tabouret. Avec ce qu'il avait l'intention de se mettre, fallait pas s'étonner qu'il prenne en compte l'importance d'un siège pour poser son derrière. Une bassine pour se purger, à la limite, s'il restait trop longtemps. Encore que c'était secondaire, vu l'état de l'établissement c'était pas une flaque de gerbe qui ferait la différence. A l'odeur, peut-être, mais Thorn ne serait alors plus en état de sentir grand chose dans tous les cas.

Et puis, à bien y regarder, il n'y avait pas que l'extérieur a avoir pris des coups. La moitié du comptoir restait en miettes par terre, la fenêtre ne gardait que quelques morceaux de verre brisé en guise de vitre, il devait manquer au moins la moitié des tables … Si les débris avaient été évacués, nul doute qu'une bonne vieille baston des familles s'était déroulée ici il y a à peine quelques jours. Le tavernier semblait s'en tamponner comme de l'an quarante, se dandinant avec sa moustache en nettoyant un verre, sans trop se rendre compte que son torchon mériterait un ou deux lavages depuis le temps. Un bandeau tout aussi crade sur le front, les cheveux qui commençaient à manquer sur le sommet du crâne, les tatouages bien garnis sur les bras … Ce patron de bar avait tout ou presque d'un ancien pirate, pas étonnant qu'il soit comme cul et chemise avec ses clients. Pourquoi tenir un bistrot sur Mock Town, par contre, ça restait un mystère. Une ville pareille, on préfère généralement pas en voir souvent, d'autant qu'à considérer les lieux personne n'avait de respect pour le décor. Une malchance du diable pour notre héros, pas encore aujourd'hui qu'il allait trouver quelqu'un sur qui cogner. Pourtant à bien y regarder, la plupart auraient fait la queue dans d'autres circonstances. Au delà des messes basses, il n'y en avait vraiment pas un pour causer plus haut que l'autre. Vous parlez d'un bled à la con …

→ || Balance ton amphore, tavernier. Et pas la merde habituelle, hein. Et pas dans un verre non plus, à la réflexion.


Et un fût, un. Au bon endroit ou non, ce patron n'avait rien d'un débutant niveau débit de boisson. A la tête du client, comme d'habitude. A croire que Thorn ressemblait à un poivrot. Pas si éloigné de la vérité, et le genre de chose qui fait sourire le grand. Rien d'inhabituel, donc, alors qu'il bourrinait le sommet du fut d'un coup des phalanges pour s'asperger la bouche du breuvage divin. Divin ... Ou pas, à la réflexion. Un picrate pareil on s'en servirait même pas comme vinaigre dans un bidonville. Un goût d'essence à première vue, et qui devait flamber au moins aussi bien. Dans tous les cas, ça flambait les boyaux du colosse, qui en redemandait par dessus le marché. Pas de la vulgaire vinasse, ah non. Du vrai tord boyaux en fût, et à priori de fabrication artisanale. Aucun talent pour le goût, fallait avouer, mais une vraie charge d'alcool à faire péter le bide d'un éléphant géant à la moindre goutte. Et avec toute sa grâce habituelle, voilà que Thorn commençait à en mettre partout, tant sur lui que sur le comptoir lui-même, jusqu'à créer une belle flaque arrosant les ersatz de chaussures que les autres clients se tapaient. Un regard mauvais par ci, une moue dédaigneuse par là, rien d'autre. Pas courant, ça. Que fallait-il faire, bon sang, pour révolter un peu tout ce monde et enfin trouver une raison de balancer des poings ? Avaient-ils tout donné il y a peu ? Pas un pour ramener sa mouille et faciliter les choses, dingue ça. Jamais l'ancien céleste n'avait du aller si loin pour se friter avec un type. Peut-être qu'en ramenant Erayn avec, ça le ferait un peu mieux. Thorn déposé les yeux sur son collègue dans le fond de la pièce, autour d'une table, le journal à la main. Qu'est-ce qu'il pouvait bien foutre, lui aussi …

→ || J'te jure jeunot, ya pas un picrate qui vaut mieux qu'un autre ici. J'aurais mieux fait d'aller traire une vache des montagne et y mélanger ses tripes, j'en aurais eu pour mon argent. Bon, j'ai pas payé, mais c'est pour le principe. C'était quand même vach'ment mieux là haut sur not' nuage … Les ailes j'dis pas, ça gêne pour dormir, mais au moins ils savaient faire de la piquette correcte.


Inutile de chercher le pourquoi du comment, ici. La fâcheuse tendance à s'embourber dans les emmerdes n'aura toujours été liée qu'au verbiage du Thorn, incapable d'éviter de chercher les ennuis qu'importe où il devait mettre les pieds. Le genre de type à tailler une bavette au diable pour lui expliquer que la peau rouge c'est démodé, et les cornes has been. Là pour le coup, il avait au moins le droit à une petite réaction. Les messes basses s'étaient tues au profit d'un silence complet, comme pour souligner une éventuelle connerie. Pas que notre héros s'en était rendu compte pour autant, allant jusqu'à oublier qu'ils n'étaient pas seuls dans ce boui-boui. Mah, peut-être les choses iraient-elles en s'accélérant à partir de maintenant … Quitte à embarquer Erayn dans cette envie de baston. Le p'tiot se démerdait bien assez pour venir l'épauler, du moins, et la tabasse est toujours plus rigolote à deux, il fallait bien avouer.
Revenir en haut Aller en bas
Erayn
avatar
Hors-la-loi
Masculin « Age : 24
« Messages : 483

» Surnom : Gardien Aveugle.
» Rôle / Grade : Sabreur.

MessageSujet: Re: Tombe du Ciel, Cherche le Fracas   Mar 15 Avr 2014 - 19:40

Sitôt le pied à terre, l'air lui pesa sur les poumons. Pollué, oui, mais seulement par ceux avec qui il l'avait en commun. Pénible à respirer, mais surtout riche en immoralité. Si Thorn pouvait à peu près se fondre dans le décor, voire même sympathiser, ce n'était pas un endroit pour lui. Tout son être répudiait la criminalité de vive force, et cette bourgade en était la place-forte. La folie de croire qu'il pourrait changer les choses à lui seul ne l'habita pas un instant, quand bien même un instinct justicier, si viscéral qu'il en était presque génétique, lui hurlait à pleins poumons d'en prendre l'initiative. Il n'était pas un héros, ne l'avait jamais été et ne le serait jamais... Mais se prenait à l'envier parfois. À mirer cette force qui lui manquait et lui concéderait le droit de mettre bon ordre à toute cette vésanie. Cette ville était malade. Rien ne lui en déférait encore la preuve, mais c'était comme marcher dans les rues d'une cité infestée, en proie à une sombre pandémie. Une gangrène qui vient du coeur et le putréfie, consumant les hommes pour n'en plus laisser que des ombres.

La seule pathologie dont elle ait à souffrir était pourtant d'héberger des hommes. Des êtres humains qui ne l'étaient plus tant, tant ils étaient dévorés par le mal jusqu'à l'os – pourris jusqu'en leurs racines. Oui, le message que lui vent lui portait était de mauvais augure, et l'odeur de pourriture dont il lui emplissait les bronches ne lui donnait d'autre envie que de tourner les talons. Ne lui en déplaise, les aléas ne lui en adjugeraient pas l'occasion, nul détour ne s'offrant à lui pour contourner cette inepte concentration de tout ce que son sens moral réprouve. Ce n'était pas un endroit pour lui. À vrai dire, ce n'était un endroit pour personne. Personne qui tienne à son humanité, que ce soit pour l'y perdre en même temps que la vie ou... En devenant autre chose. La pensée le traversa que si on base la population d'une ville sur le nombre d'humains y vivant, en soustrayant le facteur apparence, Mock Town serait déjà allée rejoindre le funeste registre des villes fantômes.

Quoi de pire pour un ange même destitué que de s'engouffrer dans un nid de démons ? Certes, en guise d'Enfer, Mock Town ne serait peut-être que l'antichambre, mais c'était déjà bien assez proche du brasier pour justifier quelques franches suées. Ce n'était pas d'avoir déjà perdu ses ailes qui lui y ferait préférer une paire de cornes. Faisant fi des doutes l'assaillant ainsi que de l'atmosphère corrompue à laquelle il les devait, le spadassin emboîta le pas à son compagnon. S'il avait présagé qu'il puisse se faire accepter des damnés ici relégués, cela pouvait aussi bien être tout l'inverse. Si jamais auparavant il n'avait mis en doute ses chances de survie, son vieil ami ayant l'âme chevillée au corps au même titre que sa paire d'addictions – sang et alcool – y jumeler sa vigilance ne serait pas de trop. Rien ne le saurait quand les poignards jaillissent de leur fourreau, la promesse d'un second sourire pourpre au bout de la lame.

Si sa propre vision était entravée par l'épais voile d'acier dont il s'était lui-même flanqué, son intuition seule était déjà plus qu'il n'en faut pour lui confirmer qu'ils ne passaient pas inaperçus – non qu'il en ait douté. Leurs frusques, principal reliquat d'une page tournée, engageaient à la curiosité même au sein d'un environnement plus sain. La plupart des gens en restaient là. Mais ici-bas, attirer l'attention était la dernière chose à faire, car toute curiosité ne pouvait être que malsaine. S'il avait daigné se rendre la vue, et si celle-ci s'était assez affinée que pour mettre les pensées en image, il avait la certitude que les noires fumerolles de leurs intentions auraient nimbé chaque homme, chaque femme suivant des yeux leur procession à travers la ville. Tout cela bercé par un silence de mort ne faisant qu'ajouter au caractère oppressant de ce patelin décharné, drainé de toute vitalité. Quel accueil...

Il pensait la charpente de son acolyte arme de dissuasion. Ici, tout le contraire : elle ne faisait que renforcer l'âpreté qui gravitait autour d'eux comme une chape de mouches auréole un défunt. Nonobstant qu'il ne puisse y voir, leur progression fut, le concernant, jalonnée d’œillades de droite et de gauche. N'avoir pas la possibilité de les regarder ne voulait pas dire qu'il ne pouvait pas les voir. Sa démarche preste et fluide, mais exempte de quelque support que ce fut laissait à penser que sa cécité – volontaire, mais ils l'ignoraient – ne le rendait pas aussi vulnérable qu'ils auraient pu le vouloir. Quel que soit le cocktail de barbituriques et d'alcool qui devait les abrutir sans jamais décevoir du matin au soir, s'il parvenait à allumer une lointaine lueur dans leur conscience qui les ferait se garder de lui, ce serait une victoire – frêle mais non moins opportune – de leur côté. Une étique étincelle d'espoir de plus de les voir se tenir loin d'eux. Et c'était tout le bien qu'il leur souhaitait.

Ne traînons pas.

Desserrer lèvres et mâchoires aurait du lui rapporter un trophée tant cela tint sur le moment de l'exploit, les muscles liés par une tension ô combien légitime. Bien que plus enclin et ouvert à la dépravation, son partenaire ne paraissait cette fois pas plus s'y sentir dans son élément qu'un poisson sur la terre ferme – ou, à contrario, lui-même jeté en pâture aux tourments des flots. Si – par grâce ! - leurs déboires nautiques leur avaient jusque là épargné de leur tourner le coeur, en matière de liquide, l'homme-bête, ainsi qu'il aimait lui-même à se qualifier, avait avec les spiritueux de bien plus nettes affinités. Chose rare, l'instinct animal de son comparse avait précédé ses fines analyses, focalisé comme il l'était sur l'animosité dont ils s'étaient eux-même environnés en passant la porte d'entrée. Mais cela ne lui fit en rien revoir son jugement, pas plus qu'il ne daigna le tempérer ; même accablé et pensant ses plaies, un charognard n'a pour mordre pas besoin d'y être invité.

Si forts qu'on les eut frappés en pleine mâchoire, leurs dents si longues, si effilées n'étaient pas encore tombées. Et après cette dure déconvenue dont l'on pouvait encore humer les effluves, la Sentinelle craignait qu'ils ne tiennent qu'à une chose... S'assurer qu'elles n'aient rien perdu de leur efficacité. Ravalant pour l'heure ses suspicions tant que rien ne viendrait les étayer, mais s'assurant que le nombre de pas dont Thorn le précédait n'aille pas croissant non plus – non par crainte, mais par sécurité – il disparut à l'intérieur de l'établissement que son soiffard d'associé venait d'aviser. S'enfermer dans un espace clos en de telles conditions était bien la dernière chose qu'il eut désiré, mais la finalité de leur déambulation étant bien d'aller s'humecter le gosier, nulle contestation n'était de mise. Certes, aucun d'eux n'était démuni et impuissant si les volontés bellicistes étaient trop promptes à se raviver, mais ne faiblissait point la dérangeante illusion de se glisser entre les barreaux de la cage aux fauves.

Affamés et vaincus mais pas détruits.

S'il était bien trop humain et mesuré pour le regretter, revenant à leur souhaiter mort et désolation, Erayn en était presque à déplorer qu'ils n'aient pas déguerpi. Quelle que soit la catastrophe qui s'était abattue sur eux pour que, tous autant qu'ils sont, ils portent haut sur leurs visages amertume et contrition, qu'elle n'y ait pas été plus fort d'un soupçon le chagrinait. S'il n'en était pas féru, le Gardien Aveugle n'était pas non plus homme à refuser un combat – encore moins à le fuir. Seulement, cette fois, l'idée que la moindre étincelle allumerait la mèche non pas d'un bâton de dynamite, mais de la poudrière dans sa globalité ne se lassait plus de le posséder. Tout partisan qu'il soit de ne point attribuer à un groupe des torts unitaires, il ne pouvait voir cette ville autrement que comme une entité unique et singulière, un monstre grouillant et hurlant de bassesse et d'abjection qui, s'ils n'en quittaient pas rapidement les entrailles, pourrait bien les digérer. Et s'il pouvait s'exonérer de lui ouvrir le ventre pour lui fausser compagnie, il ne s'en ferait pas prier.

La taverne ne différait pas de ce qu'ils avaient vu – ou senti – jusque là. Les relents de sueur, de sang-pas-si-séché, de mauvais alcool et d'urine – crut-il deviner – s'entremêlaient, comme montant en neige pour créer quelque chose de consistant que le maelström effréné des clients se déchaînait entre ses murs délabrés. Seulement, nul vent ne soufflait aujourd'hui mis à part celui, misérable, de la honte et de la défaite. Poussant plus loin la réflexion alors qu'ils s'attablaient – tirant une chaise, la repoussant en la devinant maculée (il ne préférait pas savoir de quoi) et s'installant sur celle adjacente -, le Céleste établit que ce n'était pas une rafle de la Marine. Il en restait trop pour ça. Sans tomber dans les délits « graves » - encore qu'aucun ne soit vraiment bénin de son point de vue -, il était fermement convaincu que toute personne ici avait quelque chose à se reprocher, quelque part dans le monde. Si et seulement si, au vu de leurs pratiques, les forces gouvernementales n'avaient pas tout bonnement rasé la ville de la carte...

Laissant là ses futiles hypothèses sur quelque chose qui, au final, ne le regardait que trop peu, le bilcan s'efforça de se détendre. Même si l'endroit n'était pas vraiment celui de ses rêves, ça faisait un moment déjà qu'ils n'avaient plus mis pied à terre – et, aiguillés par ses seuls talents pour le moins précaires en matière de navigation, ne savaient jamais exactement quand serait la prochaine escale. Autant ne pas se formaliser sur ce que le lieu avait de critiquable – surtout qu'il y aurait trop à en dire – pour apprécier ces retrouvailles avec un vrai sol, qui ne seraient que trop brèves. Une profonde inspiration censée le décontracter lui fit remarquer que son compagnon d'infortune procédait à un tour d'horizon, faisant l'inventaire du trou à rat dans lequel ils avaient atterri – et le terme n'avait rien de vexatoire tant Erayn était certain que les rongeurs susdits étaient plus respectables que la plupart des habitués bipèdes.

Accoudé à la table branlante qui le séparait de Thorn – mais pas trop par précaution, celle-ci ayant visiblement souffert autant que le reste du sibyllin désastre qui avait secoué la région – il sourit sous cape en l'entendant formuler sa commande. Voilà qui confirmait ses hypothèses – ce qui, à défaut de le rassurer sur la qualité du troquet et de son service, témoignait au moins de l'exactitude de ses perceptions pourtant détournées. Le raclement sur le plancher pourri par endroits et le bruit d'éclaboussures qui s'enchaînèrent à quelques secondes d'intervalles surent d'ailleurs l'informer que l'intéressé buvait toujours avec autant de délicatesse, et prit la liberté de reculer les pieds vers ceux de sa chaise à défaut de pouvoir protéger le reste. Lui-même ne se serait normalement pas refusé le luxe d'un rafraîchissement, mais à la réflexion même l'eau de mer dessalée lui parut une meilleure option. Si son compère n'avait plus grand chose à perdre, son système digestif à lui était encore parfaitement fonctionnel et gagnait à le rester, merci bien.

Et puis... L'ambiance jusque là délicatement équilibrée se modifia. Comme si l'on venait de craquer une allumette au-dessus d'une mare de fioul, opérant de lentes révolutions tandis qu'elle chutait, chutait, chutait inexorablement, sur le point de libérer le souffle d'une explosion dont nul ne sortirait indemne. S'ils s'étaient jusque là tenus en équilibre précaire au-dessus de la faille, celle-ci venait de s'ouvrir sur leurs pieds, les contraignant à un rôle de funambule à la petite semaine. S'il n'était à l'accoutume pas contraire à cet exercice, l'aspect imagé de celui-ci lui faisait revoir son opinion. Son siège crissa sur le plancher avec une telle lenteur – presque lascive – que c'en était presque inaudible de manière à pouvoir se relever d'autant plus vite s'il y avait lieu. Et lieu il y aurait, il le savait d'avance. Si c'était généralement plus par les gestes que par les mots que la « chimère » s'attirait l'ire de son auditoire, le bretteur ne pouvait nier le goût de déjà vu qu'il avait au fond de la gorge.

Un problème ?

Sa tête s'était tournée, laissant cette question en suspens pour qui parmi tous ceux à la ronde aurait le cran de lui répondre. Le ton était départi de provocation, même si plus brusque qu'il ne l'aurait voulu – et il n'était pas assez naïf pour croire qu'ils feraient la différence, que ce soit de gré ou d'idiotie. Son regard – invisible – fixait le point de la pièce où l'activité « humaine » était la plus concentrée, du moins s'il s'en remettait aux bruits divers et autres signes vitaux qui lui en parvenaient. Les messes basses ne lui avaient pas échappé non plus, mais s'il s'était fait violence pour n'en rien entendre, de vagues bribes de conversation s'étaient tout de même insidieusement glissées à portée de son ouïe exacerbée. Évidemment. Déjà aux prémices de leur exil, mais plus encore avec les années, les mentions à leurs racines s'étaient faites de plus en plus rares – pour ne pas dire inexistantes. Il s'écoulait souvent plusieurs années avant qu'ils ne s'en reparlent. Il n'est jamais bon de ressasser le passé, et ils n'auraient rien eu à y gagner.

Mais il avait fallu qu'il choisisse de régler le minuteur de l'horloge mentale connectée à cette partie de leur vie sur « ici » et « maintenant » ou c'était – il n'en avait pas fallu beaucoup pour le comprendre – un sujet sensible. Pourquoi et comment, il n'en savait rien et n'était pas sûr de le savoir, mais cela faisait-il vraiment une différence ? Son partenaire aurait voulu le faire exprès qu'il n'aurait pas mieux fait. D'ailleurs, il l'en aurait volontiers soupçonné. Mais s'il était bien placé pour le savoir moins crétin qu'il ne s'en donnait bien souvent l'air, il ne le pensait pas non plus assez fin que pour s'être soucié, même de manière succincte, de déchiffrer l'atmosphère. Tant pis. Le mal était fait, la blessure ouverte. Ils avaient le choix entre tenter de panser la plaie ou l'agrandir jusqu'à ce que déchirure il y ait, mais il avait appris avec le temps qu'étant donné avec qui il faisait équipe, il était meilleur pour son moral de ne pas même croire qu'il y ait un jour eu une alternative.

On aime pas trop les gens dans vot' genre, par chez nous...

Frottement bois contre bois. Le type était de l'autre côté. L'attention d'Erayn fit demi-tour. Au premier pas qu'il fit sur le sol mal entretenu, il eut une idée approximative de sa taille, son poids. Il devait être un peu plus grand que lui, moins que Thorn. Ou alors avait au niveau du ventre un ballast trop considérable que pour y voir un adversaire sérieux. Retranché derrière son masque d'or, la fine lame ne broncha pas. Qu'il vienne. Le bon côté de faire route commune quelqu'un d'aussi bigarré que Thorn, c'est qu'on est prêt à tout. Tout le temps. Quand, à force d'ennui et d'envie de lutte inassouvie, votre partenaire s'adjuge la lubie de combattre une mouette en pleine mer, plus rien ne peut vous surprendre. Les bras croisés sur sa poitrine – ce qui pouvait passer pour un signe de paix dans la plupart des contrées, mais était en fait sa manière à lui d'approcher la main du fourreau – il le « dévisagea » depuis la protection de sa décoration faciale. Le regard mauvais – vindicatif ? – du quidam lui parvenait même à travers. D'autres se dressèrent, galvanisés par son initiative. Trois à gauche, deux devant, un dans mon dos. Les doigts posés sur son biceps s'animèrent, espérant le regard de son équipier assez vif pour suivre les nombres qu'il lui donnait sans qu'il n'ait à regarder à l'entour.

Les petits connards qui viennent dans notre bar pour baver leurs histoires bidons sur leurs îles célestes de merde, on en a notre dose. Allez raconter vos conneries ailleurs avant qu'on vous aide à vous les foutre au cul, pas vrai les gars ? J'vais te dire, même si ces saloperies existaient, j'peux te jurer qu'on irait y foutre le feu pour plus jamais entendre un pauv' déchet comme vous en caus...
Assez !


Sa paume se plaqua sur la table. Il se leva d'un bond, dressé comme un ressort, diable hors de sa boite. Toutefois, l'ange aux ailes arrachées ne goûtait pas l'ironie de la situation. Qu'on l'insulte était une chose. Qu'on s'en prenne à sa patrie en était une autre. Même rejeté par les siens, il n'y avait pas plus fier que lui de ses racines. C'était un endroit magnifique, bien plus que ne pouvait l'être ce monde profané par des moins que rien de son espèce. Qu'y comprenait-il ? Aussi, son sang n'avait fait qu'un tour. Si la fine membrane de ses perceptions était déjà à fleur de peau, cette fois, elle était franchement à vif. Le feu venait de prendre, mais pas ainsi qu'il l'avait anticipé : c'était en son coeur que flambait un brasier sans précédent. Une voix aux confins des souvenirs psalmodia : il faut rallumer la flamme de Shandora. Pas une seule fois. Encore et encore. En rythme. Jusqu'à ce que la parole se perde pour n'être plus que tambours de guerre battant la mesure d'il ne savait quelle musique tribale. Thorn était de ces animaux brutaux, sans finesse, ours ou rhinocéros lui allant comme un gant si l'on faisait la comparaison, lui était plus raffiné, mais non moins sauvage quand il le fallait. Un fauve. Et quand d'un pas leste il vint vers lui, le pilier de comptoir aurait juré voir des pupilles étrécies transparaître de sous son masque. Ses doigts se rejoignirent, tendus en pointe.

Retire ce que tu viens de dire.
Sinon quoi ?
plaisanta l'autre, mal assuré.
Sinon tu es mort.

Succombant à la pression, un poing fusa.
Le temps se figea...



Revenir en haut Aller en bas
Thorn
avatar
Nouveau/Nouvelle
Masculin « Age : 26
« Messages : 142

» Niveau : 10.
» Surnom : Winged Beast.
» Rôle / Grade : Molosse.

MessageSujet: Re: Tombe du Ciel, Cherche le Fracas   Mer 16 Avr 2014 - 18:20

[ BONK! ]

le bruit caractéristique de la mandale deluxe, celle qui fait bien mal et qu'on ne voit pas venir. Celle qui humilie, qui rabaisse tant et tant qu'on ne s'en relève que lorsque l'auteur se veut loin. En règle générale, du moins. Étrangement, celle ci gardait cet arrière goût de sauvetage, alors que le visage déformé par la trace de main du colosse esquivait de justesse un bras-épée lancé à son encontre. L'aveugle est le plus gentil pensaient certains. Grossière erreur, et le pécore qui embrassait le mur de l'autre côté de la pièce aurait mieux fait d'y réfléchir à deux fois. Thorn tabasse. Erayn assassine. S'en tirer avec une bosse et quelques bleus vaudra toujours mieux que de ne pas s'en tirer tout court, même si le bruit caractéristique de l'os brisé annonçait quelques côtes, tibias et autres clavicules en mauvais état. Ah ça, on ne sait pas toujours mesurer sa force, surtout dans une situation d'urgence. Empêcher son collègue de ruiner ses frusques propres restait une relative bonne raison de se pencher plus avant sur le cas des poivrots.

Car poivrots ils étaient, le flair du molosse ne pouvait être trompé sur ce fait. Mais bon, fallait avouer, la bière et la vinasse avaient le don de faire pisser, pas d'imaginer une haine relative envers les anges, auxquels la majorité ne veut croire, de surcroît. Une baston de bar c'est une situation classique. Faire partie d'une minorité pointée du doigt c'est autre chose, et un sentiment peu commun qui assaillait notre héros, là. A défaut de titiller sa glotte du bout de son index en faisant mine de réfléchir, il pouvait au moins taper sur quelques crânes, et c'était là tout l'exutoire qu'il pouvait souhaiter. Éviter les morts, par contre, ça pourrait être de bon ton. Non que notre vieux préféré ait quelques envies de se draper d'une cape inhérente aux super-héros, Mais tout le stock de bibine ne se réduirait pas tout seul une fois tous les malpropres envoyés dans l'autre monde. En consommateur consciencieux, Thorn ne souhaitait simplement pas se défaire de son oasis, véritable corne d'abondance en plein désert. Un dose pareille on en croise pas tous les jours, qu'importe qu'il faille raquer quelques billets au passage. Pas ça qui manquait, les billets, surtout quand on a l'habitude de jouer les vautours pour vider les poches des quelques têtes de pioches qui font l'erreur de se frotter à plus costaud. A noter que les voyageurs en quête du nord sont inclus dans le lot, s'approcher de trop près restant un prétexte suffisant pour briser quelques os. Mais ceci est une autre histoire …

→ || C'est jamais simple, hein ? … Foutrebleu, v'devez pas en croiser souvent des anges, pourtant. 'fin j'ai pas souvenir que la mer bleue puisse attirer les touristes d'en haut. Peu importe, faites vos excuses au p'tiot et on se déchaînera pas tr...

→ || Va chier, tocard!

Pas un moment d'hésitation, pourtant un bref silence de mort plana avant d'être rompu par une mandale deluxe édition suprême, lancée à l'encontre du pauvre type à la langue trop pendue. On aurait pu graver On interrompt pas Thorn sur son front au fer rouge que ç'aurait sonné de la même manière, tant le tac-au-tac était respecté au gramme près. Au moins le couperet tombait en une seule fois et sans -trop de- violence, même s'il gardait ce petit goût d’apéritif. A seulement deux ils venaient de réussir à énerver tant le colosse que con camarade, il fallait pas avoir envie de se plaindre ensuite. Aucun ne boxait dans la même catégorie que notre héros, ce pilier de comptoir aussi redoutable armé d'une épée que d'un tabouret, expérience oblige. Et en parlant de tabouret, en voilà un qui se lançait à l'assaut d'un troisième minion, catapulté avec force au travers de son nez, propulsant ce dernier vers la table de fond, non accompagné de son propriétaire. Peu commune, cette résistance appauvrie. Du vulgaire chiens sans laisse, plus proches du caniche que du rottweiler, incapables de porter le moindre coup avant de prendre le front ou les phalanges du colosse au milieu du visage. On a connu adversaire plus vaillants, d'autant que le célestes voyait ses gestes affaiblis par le trop-plein de liquide descendu trop rapidement vers le bas-ventre. Un Thorn plutôt mollasson qui distribuait les baffes, sans plus de considération pour ces jouets du moment que pour Erayn, affairé de son côté. Pas aujourd'hui qu'ils sortiraient les combo en duo, fallait croire. A moins que le vent n'apporte bientôt un plat légèrement plus consistant, à même de l'empêcher de se vider la vessie sur les ennemis bientôt vaincus.
Revenir en haut Aller en bas
Erayn
avatar
Hors-la-loi
Masculin « Age : 24
« Messages : 483

» Surnom : Gardien Aveugle.
» Rôle / Grade : Sabreur.

MessageSujet: Re: Tombe du Ciel, Cherche le Fracas   Ven 18 Avr 2014 - 19:23

Ainsi en avait-il toujours été. Ainsi s'était construite leur dualité. Si Thorn n'était jamais le dernier pour prendre part à une altercation – ou la déclencher à l'occasion, parfois même accidentellement – Erayn y avait bien plus de réserve. Car quand il frappait, c'était pour tuer. Ce n'était pas qu'il ne sache pas retenir sa force ; c'était plutôt qu'il avait horreur de jouer des poings – des lames – sans que ce soit pour une bonne raison. Une juste cause. C'était ce qu'il fallait pour le motiver, le convaincre d'entrer dans la danse. Une valse mortelle dont il était bien souvent seul à réchapper. Le propre d'une lame était après tout de prendre une vie. Les siennes, si excentriques qu'elles puissent être, ne faisaient pas figure d'exception. L'on pouvait certes débattre que la vraie force du sabreur est précisément de savoir l'épargner alors même qu'il l'a en son pouvoir, mais il était alors question d'entrer dans des débats idéologiques dont le Céleste n'avait cure.

Là où « l'animal » pouvait voir ses poings ou son arme comme autant de « jouets » susceptibles de le divertir, il n'en serait jamais question pour la Sentinelle. C'était précisément parce que dans son « sabre » se plaçait toute son estime qu'il se refusait à l'employer à la légère. Sa condition d'homme d'épée, sa nature profonde de fier guerrier étaient autant de nuance à y apporter. Mais son respect envers lui-même lui interdisait d'en user à tort et à travers, sans bonne raison de le faire – et une anodine provocation ne l'était certainement pas. Son compagnon pouvait bien faire ce qu'il voulait de son côté ; il ne le jugerait pas. Il admettait parfaitement l'idée qu'il puisse avoir un point de vue différent, et il ne lui serait pas venu à l'idée de tenter de l'en faire changer. Seulement, dans son cas, son opinion était faite depuis longtemps. Aussi en fallait-il beaucoup pour lui faire transgresser cet interdit, s'abandonner au nefas.

Mais ils étaient allés trop loin. Car si l'on emploie fréquemment l'expression « là d'où je viens » afin de désigner sa terre natale, ce n'était jamais aussi vrai que dans son cas. Les îles célestes l'avaient façonné tel qu'il était encore à ce jour, des années après. Avaient donné le jour à ses principes et ses préceptes. Son sens moral et ses idéaux étaient tout entiers le fruit de ce qu'il était devenu et avait vécu là-bas, sur les nuages de son enfance. Que quelqu'un bafoue et blasphème sur la base même de son éducation, de tout ce qui faisit de lui ce qu'il était et définissait les contours de sa vision du monde lui était insupportable. Qu'y savaient-ils ? Qu'y connaissaient-ils ? S'il se refusait à porter un jugement sur quelque être humain que ce fut – et ce n'était pas faute de ressentiment -, le Gardien Aveugle avait bien du mal à réprouver son mépris pour ces aliborons. Que l'on se prenne à lui était une chose ; que l'on s'attaque à ses convictions profondes en était une autre.

Une chose intolérable.

Il avait senti le poing se lever, l'air se mouvant à sa suite. Si l'air avait été eau, il aurait pu voir des cercles concentriques se former dans son sillage et fendre l'espace jusqu'à lui pour lui annoncer sa venue. Pas un geste ne fut fait pour y parer, qu'il soit d'esquive ou de blocage. Ayant bien assez de ce souffle ténu pour jauger de sa puissance, Erayn doutait fort de reculer ne serait-ce que d'un pas au moment de l'impact. Il n'aurait alors eu qu'à lui emporter le bras d'un bon coup du tranchant de la main – et ce terme n'avait jamais eu autant de sens qu'à son propos. Nul besoin cependant, et il ne s'écarta pas plus pour laisser passer le poing de son acolyte. Que celui-ci allait venir lui prêter main-forte était apodictique, sans même qu'il ait eu à ressentir quoi que ce soit pour cela. L'entente était déjà au beau fixe du temps où ils vivaient au-delà des nuages, mais la syntonie avait franchi un nouveau cap en l'espace de dix ans.

Dix années passées à s'entraîner, à lutter dos à dos contre plus d'ennemis qu'ils n'en pourraient compter. Si Erayn s'entraînait à prévoir les gestes de parfaits inconnus, pour peu que l'on parle de Thorn, il s'en fallait de peu qu'il ne puisse évaluer sa prochaine respiration. Et s'il avait coutume de le railler quant à cela, la mémoire déficiente du vieil homme faisant qu'il le connaissait mieux que lui-même par certains aspects, cela n'en était pas moins tout à leur honneur – et à leur avantage. Était-ce le déploiement de sa propre indignation ou un moyen de profiter de la situation ? Que le bretteur ait délaissé sa qualité de garde-fou pour aller lui-même au-devant des hostilités signifiait qu'il n'était plus là pour le tenir en laisse, aussi ne serait-ce guère étonnant qu'il en profite pour s'en donner à coeur joie.

Quoi qu'il en soit, le savoir avec lui ne parvint qu'à le galvaniser, consciemment ou non. Si son bras s'abaissa avec une lenteur mesurée, quelque part entre langueur et indolence, cela ne sauva pas la table qu'il rencontra sur son passage d'un découpage propre et sans bavure. Un avant-goût de ce qui les attendrait faute d'excuses et d'un comportement buvable. C'est à peine s'il eut à se tourner d'un quart de cercle pour lacérer la cuisse d'un des baudets qui entreprenait de se faufiler dans son dos d'un pas qu'il devait croire feutré. La chaise qu'il tenait au-dessus de sa tête – et qui s'y abattit quand il glapit moins de douleur que de surprise et porta par réflexe les deux mains sur la partie touchée – ne laissait planer que peu de doutes sur ce qu'il comptait en faire. Ils l'auraient voulu. Pathétique. Si encore ils avaient été à la hauteur de leurs prétentions...

Pirouettant d'un volte-face foudroyant, il eut le temps de tracer une croix sanglante dans l'abdomen d'un homme qui, s'il l'avait vu, lui aurait assurément paru trop insignifiant pour qu'il en retienne le visage. Il n'était nullement hautain, mais il fallait bien avouer que pour les airs qu'ils aimaient à se donner et une partie aussi avancée de Grand Line, ceux à qui ils se mesuraient n'étaient guère plus que du menu fretin. Un coup dans le vide délibéré lui permit d'évacuer une bonne partie du liquide vital qui souillait ses doigts – sans toutefois parvenir à les affranchir de leur inédite rubescence. La finalité de tout ceci était connue d'avance, si bien qu'il en serait presque venu à nourrir des regrets si le sujet n'avait pas été aussi délicat. Sans même se retourner, il décora de cinq sillons rubiconds parfaitement parallèle le dos d'un individu qui affectait de le contourner pour aller titiller, armé de son poignard, les reins de la Bête Ailée. Pas cette fois.

Si l'chef était encore là... 'feriez moins les malins...
Quoi ?


Le souffle rauque ne venait pas de si loin – quelque part à ses pieds. Devoir se pencher pour cueillir celui qui l'avait émis lui fit remarquer que si le plancher n'avait plus été lavé à grandes eaux depuis belle lurette, les effusions purpurines contraindraient bien le patron à un brin de ménage... Jusqu'à constater la présence d'autres stigmates du même type, vernissant de même la boiserie. Peut-être pas. Sans plus s'y attarder – ce n'était pas comme s'il comptait revenir un jour dans ce bouge minable, surtout après ça -, l'homme masqué expédia sa main agripper le col du locuteur, le faisant se relever et à se mettre à sa hauteur – et même un peu plus, ses pieds ne touchant plus terre. Si à ses yeux, il devait toujours paraître aussi intimidant, la question d'Erayn n'était aucunement lâchée sur le ton menaçant qui avait été le sien auparavant. Leur chef ? S'il était à l'image de ses hommes, le triste sire ne devait pas avoir grand chose pour lui ; aussi était-il curieux de connaître dans quelle mesure il aurait changé la donne.

Parle.
Ouais ! L'chef Bellamy... Si y s'était pas fait dessouder... Y vous aurait mis vot' raclée... À vous et vos bobards... ! Pis Sarquiss aussi...


Erayn l'interrompit pour frapper du plat de la main – du dos de la lame – le faciès disgracieux de l'un de ses agresseurs. Rares étaient ceux à encore se risquer de son côté, la plupart semblant croire que se masser sur Thorn était une bonne idée. Pauvre fou. À l'occasion, il décochait croche-pied ou coupure de ligaments à ceux qui passaient à sa portée, quand bien même le pauvre diable n'en avait point besoin pour s'en défaire. En aucun cas il ne daigna cependant désserrer l'étau de sa prise sur la chemise du malheureux, le maintenant à bout de bras quelles que soient les acrobaties auxquelles il se prêtait pour réduire le nombre de leurs opposants. L'idée saugrenue germa dans la tête du bonhomme que de là où il était, peut-être était-il encore le plus en sécurité – enfin, jusqu'à ce qu'une machette lui érafle le flanc avant de finir encastrée dans le mur. À travers l'acier, l'épéiste ramena son regard sur lui – et avec lui toute son attention.

Et peut-on savoir qui a eu la bonne idée de nous en débarrasser ? reprit-il comme si de rien n'était.
Et pourquoi j'te le dirais, d'abord ?... sentir une goutte de son sang perler au bout des doigts du guerrier, à présent posés sur sa gorge, parurent réussir à le convaincre.
Okay, okay, calme-toi !... C'est l'maitre qui l'a puni parce qu'il a été trop mauvais... Parce qu'y s'est fait marave par l'aut'gars...
Pourquoi ?
fallait-il vraiment une raison pour s'en prendre à des individus aussi détestables ? Pas vraiment, mais il était curieux de connaître la réponse. Quel rapport avec nous ?
L'type y l'a cogné pasque l'chef y disait que les îles célestes, elles z'existaient pas.

Sans même le vouloir, Erayn eut un curieux sourire – mi-satisfait, mi-féroce. Qu'il n'ait pas idée de qui pouvait être ce bienfaiteur était un détail : il était satisfait qu'il y ait encore ici bas quelqu'un pour croire en eux. Quelqu'un d'une autre étoffe que ces fripouilles loqueteuses. Même si « ici bas » n'était peut-être déjà plus d'actualité, s'il avait décidé de monter voir par lui-même ce qu'il en était – à moins qu'il n'en soit déjà revenu ? Cela n'avait que bien peu d'importance, au fond, mais il préférait croire qu'il n'était pas indispensable de les voir de ses propres yeux pour savoir qu'elles se tenaient là, loin, très loin au-dessus du monde. Plus proches des étoiles qu'aucun homme ne saurait jamais aller. Hors de leur portée... L'ironie de la situation n'était pas sans jouer également dans son singulier amusement. D'un large mouvement du bras, il avisa son camarade à proximité et lui fit parvenir son captif d'un vigoureux lancer. Qu'il prenne donc le relai pour lui tirer les vers du nez.

Continue de le faire parler. Ses phalanges émirent un craquement sourd, son qui se répéta à quelques secondes d'intervalles. À mon tour de me défouler.

Sans attendre l'inévitable protestation, ce fut à son tour de se jeter dans la mêlée. Oh, son camarade n'apprécierait pas d'être de corvée, mais le plaisir de voir mettre la main à la pâte de son plein gré pour une fois – s'abandonner à ses instincts comme il le faisait lui-même – devrait pouvoir quelque peu compenser. Taillant de droite et de gauche, le bretteur débarrassa le destinataire de son colis organique et apeuré de la paire d'énergumènes qui tentaient tant bien que mal de lui grimper sur le dos pour le plaquer au sol. Lui adressant un vague signe de la main avant de plonger dans la masse grouillante et hurlante des mécréants enivrés, pour ceux qui n'avaient pas détalé en voyant qu'ils avaient – pour la seconde fois de la journée – à faire à de sérieux clients. À la réflexion, qu'ils n'en sachent rien était une bonne chose. Car cela voulait invariablement dire que jamais ils n'avaient été poser leurs pieds sales sur la magnificence de la Mer Blanche. Ils ne pourraient jamais toucher le ciel.

Et c'était très bien ainsi.



Revenir en haut Aller en bas
Thorn
avatar
Nouveau/Nouvelle
Masculin « Age : 26
« Messages : 142

» Niveau : 10.
» Surnom : Winged Beast.
» Rôle / Grade : Molosse.

MessageSujet: Re: Tombe du Ciel, Cherche le Fracas   Ven 18 Avr 2014 - 22:42

Ne restait qu'un pan de ce qui se voulait être autrefois un plus ou moins fier tabouret. Une vulgaire brindille, pétée tant au niveau de son sommet que de ses racines, mais qui continuait d'imprimer sa forme dégarnie sur les visages des agresseurs. Étaient-ils vraiment agresseurs, d'ailleurs ? Thorn perdait tout sens logique pour ne plus se concentrer que sur la baston, enivré tant par l'alcool ingurgité que le sang versé. Les origines de cette petite sauterie lui échappaient déjà, plus occupé par le fait de balancer ses phalanges de gauche à droite que de réfléchir plus posément à la situation. A quoi bon, après tout ? De vulgaires pécores se mesurant à ce que l'on pourrait assimiler comme l'élite de la mer blanche. Galvanisé par la situation, il ne se proposait plus qu'au défi, à celui qui tabasserait le plus de types jusqu'à ce qu'il n'en reste aucun. Et il fallait avouer une certaine bravoure à ces poivrots, se jeter dans la mêlée sans aucune chance d'en réchapper … Le syndrome du péquin bouffé par le charisme de son capitaine ? Vu ce que nous lâchait l'un d'eux, preuve était faite qu'ils n'étaient pas loin de la vérité.

Dans tous les cas, Erayn se lâchait, chose assez rare pour être soulignée. Thorn, sentant comme un poids se détachant de son cou, n'en devenait de seconde en seconde que plus bestial, lançant les mandales plus rapidement, plus violemment. Tout solitaire aura-t-il su être la majorité de sa vie, il fallait bien avouer que les combats en duo se voulaient les meilleurs. Son ami à ses côtés, il n'y a que ça de vrai. On atteint vite la quintessence de son propre pouvoir, et on se surprend à tenter quelques mouvements que le partenaire termine, donnant lieu à quelques enchaînement dévastateurs. Capacités bien belles sur le papier, mais que notre vieux bonhomme serait bien incapable de réitérer, fut-ce quelques secondes plus tard. De jolies attaques uniques, voilà qui n'était pas sans un certain charme pour les adversaires du jour, même s'ils ne devaient guère s'en rendre compte, ignorance oblige. Ne manquait que le boss de fin de niveau pour relever un peu le niveau, ce petit ennemi un petit peu plus fort que les autres, non inatteignable pour autant. A écouter le vilain en pleine réunion avec Erayn, ledit boss semblait être un certain «Belle Nanie». A la bonne heure, notre héros n'aurait aucun problème à tabasser les vieillardes.

Le colosse laissa son oreille traîner, alors que ses doigts et coudes partaient toujours à la rencontre les ennemis, forcés d'enjamber les corps de leurs camarades. Autant l'avouer le plus tôt possible, pas un traître mot fit mouche dans l'esprit de notre héros, faute à une dose d’alcool légèrement trop forte. Haine des îles céleste, patron, castagne … Rien que des mots usuels, pourtant vide de sens tant il n'arrivait à saisir les tenants et aboutissants d'une phrase construite. Erayn devait avoir légèrement plus de chance à ce niveau là, du moins nourrissait-il le dialogue, ce qui n'était pas peu dire, de ses pensées. Ou pas, finalement, lorsque le compère décidé de lui refiler le bébé, s’entraînant à son tour dans la danse. Voilà qui n'avait rien de commun, mais plus rien ne pouvait choquer notre vieux bonhomme, l'instant présent. Accusant réception du colis, il ne pouvait que laisser faire son éternel binôme, tentant tant bien que mal de réussir la tâche qui lui incombait.

→ || Bon, il est où ce Bel Ami ?

→ || Mais j'en sais rien ! Y'doit s'remettre d'ses blessures plus loin!

Mauvaise réponse. Un coup de boule céleste plus tard, et voilà l’interrogé à demi dans les vapes, laissant couler au sol des flots de sang, défiguré comme jamais, le front rentré vers l'intérieur. Pas solides, vraiment, les hommes de la mer bleue. Encore quelques baffes pour réveiller le saoulard, seul exutoire restant.

→ || Bon, et l'type qui l'a cogné ? Il est où, lui?

→ || 'Cune idée non plus, m'sieur. Pitié, m'tapez plus ! Il doit être mort, son bateau est parti vers un énorme tourbillon dans l'océan!

Un dernier coup de boule pour fêter ça, laissant son homme choir au sol. Allons bon, quelle réponse. Un énorme tourbillon … Une tornade, plutôt ? Le machin stream qui fait monter quelque part ? Tiens donc, ça existait donc vraiment. En clair, un patron incapable de se battre et celui qui l'a déglingué parti pour les mers blanches. Pas commune, cette situation, d'autant plus quand on prend conscience des héros du moment. Des anges sur le plancher des vaches, des hommes en quête de la terre des anges … Pas dénuée de poésie, vraiment.

→ || Tourbillon mes fesses, ils vont juste faire un tour sur notre pays d'origine … Et oui les filles, les citées sur les nuages existent vraiment. Allez pas croire que c'mieux ici pour autant, hein. Plus blanc, p'tet. Plus chiant, aussi. Faut aimer les paysages, les boissons tropicales et la politesse éxagérée. Sur ce, si vous voulez bien crever ...

Mieux vaut tard que jamais, se dit-il brièvement avant de dégainer son sabre au bas du dos, jouant de ses doigts sur la poignée avant de prendre réelle position. Un, deux … Un iai parfaitement exécuté, laissant la lame vide de sang faute de proies à découper, mais laissant le champ libre à une ardente flamme se propageant dans l'air même, direction le troupeau de brebis égarées face à lui. Ne resterait pas grand chose des « ennemis » d'ici peu ...
Revenir en haut Aller en bas
Erayn
avatar
Hors-la-loi
Masculin « Age : 24
« Messages : 483

» Surnom : Gardien Aveugle.
» Rôle / Grade : Sabreur.

MessageSujet: Re: Tombe du Ciel, Cherche le Fracas   Sam 19 Avr 2014 - 0:00

Et le sol de craquer sous le poids d'un énième corps tailladé venant s'y affaler, laideron au bois dormant en route pour le pays des rêves ensanglantés. Aucun d'eux ne s'était vu percer ou trancher avec assez de vigueur pour que les coups leurs soient létaux, même s'il ne s'était pas embarrassé de vérifier la constitution de chacun. Le simple fait de les réduire au silence, de les regarder gésir au sol tous autant qu'ils sont était tout ce qu'il demandait. Que ce soit en se tordant de douleur n'était qu'un bonus, il ne tirait pas de joie excessive à faire souffrir ses ennemis... Même si bien rares étaient ceux qui lui en donnaient envie autant que ceux-ci. Même sous l'impulsion revancharde qui l'avait enivré plus sûrement que n'importe quel alcool entreposé dans ce bar, garder suffisamment la tête froide pour contrôler le poids de ses coups était dans ses cordes.

Si leur statut – à lui et à son « animal de compagnie » - n'était pas net et même moins que ça, de cette retenue en cas de crise dépendait que leurs têtes ne soient pas encore synonymes de bel et bon or à foison. Parfois, il lui arrivait de se demander si Thorn y serait parvenu sans lui pour refréner – ou, plus rarement, si lui-même ne s'y serait pas abandonné à l'usure. Futile interrogation puisqu'ils étaient toujours là, mais compte tenu du peu de considération que portait son homologue à ces possibilités inexplorées, il lui fallait bien se dévouer. Lorsque la chape de flammes dévora l'oxygène comme le plus succulent des mets, il sut ce qu'il avait à faire. D'un bond en arrière qui l'éloigna de leur trajectoire en droite ligne, il se mit hors de leur portée. Mais ce qu'il refusa de leur donner en pâture, il le leur revalut en force, une paire de lames venteuses venant s'échouer contre le panache ardent.

Qui estropié, qui alcoolisé, ils parurent pourtant recouvrer toute leur vigueur quand il fut question de ne pas rester dans le chemin. La croix écarlate, vociférant sur eux de toute sa chaleur, était une indication assez claire du danger imminent qui menaçait chacun d'eux. Toutefois, « se pousser de là » était une bien mince solution pour se prémunir contre ce fléau incandescent, qui plus est dans un pareil établissement. De si piètre qualité qu'il soit, l'alcool étant ce qu'il est, il ne faisait que peu de doutes sur ce qu'ils obtiendraient en guise de résultat. D'anticipation, Erayn éleva sa senestre à hauteur de son visage, barrière contre la chaleur et la fumée qui bientôt seraient seules maîtresses de ces lieux. Avec un hurlement de fin du monde, la moitié du bâtiment – l'arrière – disparut dans une déflagration tonitruante.

Peut-être aurait-il du se boucher les oreilles, en fin de compte. Tandis que retombaient quelques planches de bois éparses – calcinées pour la plupart, quand elles n'étaient pas tout bonnement encore en pleine combustion – il se massa la tempe pour chasser de son crâne les palpitations de son propre coeur qui y résonnaient en écho. Toute colère, s'il lui en restait encore au moment de l'explosion, s'était évanouie dans ce feu d'artifice du tonnerre de dieu – même s'il n'existait là-haut nulle entité supérieure, il était bien placé pour le savoir. Ce n'était pas tout à fait exact, cependant, plus depuis son départ, mais encore eut-il fallu pouvoir s'en douter. Nonchalant, il épousseta son accoutrement de la suie qui s'y était déposée, quand ce n'étaient pas les échardes qu'il lui en fallait déloger. Dire qu'il se sentait mieux était un moindre mot.

Partons.

Et de se retourner, sans s'inquiéter que craquent et cèdent sous ses pieds les derniers reliefs d'un bar qui n'avait de toute façon rien d'exceptionnel – bien au contraire. Derrière la façade, en grande partie soufflée quand tout avait sauté, les curieux se bousculaient déjà – pour certains trop heureux de n'avoir plus d'ardoises à éponger, pour d'autres soulagés d'en être débarrassés, et pour d'aucuns médusés du sort réservé à leur bar préféré. Pourtant, quand ils sortirent de ses ruines sans paraître plus s'en inquiéter, personne ne vint vers eux ni n'esquissa le moindre geste dans leur direction. S'ils arboraient pour la plupart des allures menaçantes, toute velléité belliciste avait disparu de leur regard depuis belle lurette – depuis le passage de ce fameux purgateur, devinait-il aisément, qui, à leur instar, semblait avoir fait les choses en grand. Peut-être même plus encore.

Son regard – bien que toujours recouvert de son voile d'or – se porta vers les cieux qu'il avait jadis du quitter et où devait désormais évoluer ce garçon. L'ombre d'un sourire passa sur ses lèvres – il n'avait plus vraiment souri depuis déjà un certain temps, mais éprouvait une sincère sympathie pour qui brûlait encore d'envie d'aller voir quels secrets se cachaient au plus haut des cieux. Tout ce qu'il pouvait lui souhaiter était que la visite soit à sa convenance et qu'il n'oublie jamais ce qu'il y verrait, de même qu'Erayn lui-même ne pourrait jamais véritablement tourner la page sur ce qui, désormais, lui paraissait presque avoir été une autre vie. Captivé par le fil de ses pensées, il n'entendit pas plus ramper l'un des malheureux brûlés qu'il ne sentit la main s'agripper à sa tunique avant qu'elle ne tire dessus de toutes ses maigres forces restantes. Il ne fit rien pour s'y opposer.

Revenez... On en a pas terminé... ! Eh, mais qu'est-ce que... ?!

Entre les pans de l'étoffe se distinguait nettement la naissance des imposantes cicatrices en travers de ses omoplates – celle-là même qui, écorchures si nettes qu'elles semblaient encore à vif, étaient situées à l'emplacement qu'occupaient autrefois ses ailes. Patient, le Gardien Aveugle attendit de longues secondes avant de faire lâcher prise au malfrat cuit à point pour réajuster sa tenue. Mal en point mais aussi sous le choc à présent, le quidam ne sut lutter bien longtemps. L'envie de quitter les lieux était forte – même si au vu de tout ce que les autochtones avaient à se reprocher, il doutait fort qu'un seul d'entre eux soit assez dérangé pour contacter sciemment les autorités. Mais avant de s'en aller, il se retourna une seule et dernière fois pour jeter toute sa pitié à celui qui se tenait là, et à ceux qui avec lui avaient brûlé. Quand on vit dans le ciel, on perd de vue ce qui se passe sur la terre. Mais ce n'est pas en restant enchaîné à ce sol impur qu'ils risquaient d'un jour s'élever vers de plus belles strates – vers ce monde meilleur qui était autrefois le leur.



Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé

MessageSujet: Re: Tombe du Ciel, Cherche le Fracas   

Revenir en haut Aller en bas
 

Tombe du Ciel, Cherche le Fracas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
RPG One Piece : Rise of a New Era :: 03 (Rp / HRp) :: Zone de Combats :: Concours RP-